Les herbes angevines
![]() |
Mars, le printemps arrive : les fleurs des champs, les chants des oiseaux et la nature qui s’éveille ! Une occasion de parler botanique des champs et des zones humides en compagnie d’un ancien élève qui en fit sa passion et son métier. |
Notre président comme le sait est un grand dévoreur d’écrits historiques sur notre Anjou ; il a ainsi découvert, dans un ouvrage de l’« Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts d’Angers », un certain Félix Hy, membre d’une famille d’anciens élèves du Collège de Combrée. Faisons le point sur ces Hy !
Deux familles d’anciens élèves du Collège
Ces anciens élèves Hy sont tous nés dans le Maine-et-Loire mais dans deux lieux différents : Yzernay à 16 km de Cholet et Bocé à 5 km de Baugé ... et avec des destins différents.
Ces deux villages se trouvent à environ 100 km de Combrée ... ce qui en dit long à l’époque sur le rayonnement du Collège.
Il doit exister un lien entre ces deux branches de la famille Hy, c’est à dire les liens entre Jean-Baptiste et Célestin Pierre, séparés par 100 km et par 35 ans... que je n’ai pas réussi à trouver !
La branche Jean-Baptiste à Yzernay

Leurs parents Jean-Baptiste Hy (1792-1874) et Anastasie Chiron (1804-1871), marchands drapiers dans le Choletais, ont eu cinq enfants dont deux filles religieuses et trois fils, dont deux prêtres passés à Combrée.
|
Jean-Baptiste Hy, cours 1849 a été ordonné prêtre à Angers en 1855. Il fut vicaire à St Germain des Prés puis retour dans les Mauges à Andrezé et à La Chaussaire ; il fut curé de Noyant-La Plaine (près de Brissac) en 1870, puis aumônier de l’hôpital de Chemillé où il mourut. |
![]() |

|
Louis Hy, cours 1867, frère du précédent, fait ses études à Beaupréau puis à Combrée et fit la guerre de 1870 pour laquelle il reçut une médaille. Ordonné prêtre à Angers en 1872, il fut maître d’étude au collège de Baugé puis vicaire et curé aux Ponts de Cé. Le bulletin de janvier 1922 rappelle « qu’il fut le premier séminariste volontaire de l’Anjou en 1870 ». |
![]() |

La Branche Célestin Pierre près de Baugé

Leurs parents Célestin Pierre Hy (1827-1909) et Agathe Sorel (1825-1864) ont habité à leur mariage dans le village où est née Agathe. Ils sont instituteur et institutrice communaux à Bocé, Leur mère Agathe est elle-même fille et petite-fille d’instituteurs. Ils ont eu trois autres enfants tous décédés en bas âge.
Célestin Ferdinand Hy, le cadet est né en 1828, ancien élève de Combrée du cours 1876. Après son secondaire à Combrée il est étudiant à Rennes. Il épousera le 22 décembre 1887 Marie Louise Julie Flament à Paris XIe. Le Bulletin de 1912 précise sa profession et son adresse : pharmacien, rue Raspail à Paris.
Henri Edmond Hy est né à Bocé le 24 octobre1862, le dernier vivant de la fratrie ; lui aussi fut ancien élève, du cours 1881. Les Bulletins ne l’évoquent que deux fois : celui de janvier 1921 dans la liste des anciens élèves (87, rue La Fontaine à Angers) et celui de mai 1924, comme auteur d’un livre sur son frère aîné Félix. Nous n’avons pas trouvé d’autres indications ni dans les Bulletins ni en généalogie et même la date de son décès n’est pas certaine.
Félix Charles Hy, frère aîné de Célestin Ferdinand, est né en 1853 à Mouliherne, mais vécut son enfance à Bocé où ses parents étaient instituteurs.
![]() |
Son père instituteur est connu comme l’inventeur d’un « Calendrier perpétuel » très utile pour traduire des dates du calendrier républicain en dates du calendrier grégorien. [1] Château de l’Auberdière, en forêt de Chandelais, proche de Bocé |
Le curé de Bocé envoie Félix à « la prestigieuse institution de Combrée » dès l’âge de 9 ans ; il y restera six ans. À Combrée, il eut comme professeur de sciences, l’abbé Ravain[2] lui-même botaniste avec qui il visitera la campagne combréenne en quête de plantes pour constituer des herbiers. Felix y « reçut une science qui n’avait rien de livresque mais toute entière fondée sur l’observation ». Il complètera cet herbier partout où il passera et, particulièrement, dans les forêts de l’Anjou et du Baugeois. Cet herbier originel (quelques boîtes) a été donné à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers
[2] Cours 1850, professeur de Sciences à Combrée (de 1858 à 1877). En 1878 Mgr Freppel l’appelle comme professeur de botanique à la création du laboratoire de la Faculté Catholique des Sciences d’Angers ; il y sera rejoint par son brillant élève qui y sera professeur dès 1877 jusqu’en 1897.
Le 18 décembre 1875, il est ordonné prêtre à Angers et est autorisé à poursuivre la même année ses études à Rennes où il obtient sa licence en Sciences Naturelles.
En 1879, Mgr Freppel le nomme professeur de physiologie végétale à la Faculté catholique des Sciences d’Angers où il retrouve son maître, l’abbé Ravain ; ils constituent alors un énorme herbier général issu de leurs collections, de dons et d’autres herbiers.
|
En 1884 Félix Hy publie son premier ouvrage « Tableaux analytiques de la flore d’Angers » très apprécié dans le milieu des botanistes. La même année il soutient sa thèse à La Faculté des Sciences de Paris : « Recherches sur l'archégone[3] et sur le développement du fruit de Muscinées ». Ces publications sont conservées à la Bibliotèque universitaire de l’UCO. [3] Un archégone (pluriel : archégones), du grec ancien ἀρχή (« commencement ») et γόνος (« descendance »), est une structure multicellulaire ou un organe de la phase gamétophyte de certaines plantes, produisant et contenant l’ovule ou gamète femelle. |
![]() |
|||
![]() |
Il élargit ses recherches sur la flore de l’Ouest et entre à « La Société d’Agriculture, Sciences et Arts d’Angers » dont il sera secrétaire puis co-président. |
|||
« Ses communications sont généralement courtes, mais souvent accessibles aux seuls spécialistes », reproche qui lui a été fait par un directeur de l’académie précitée, lui-même vulgarisateur scientifique.
« Ses étudiants, dit-on, lui avaient donné un surnom qui répond presque à cette observation, Erythrocephalus atropurpureus (Tête rouge sombre), mais plutôt en raison de son esprit bouillant ».
Dans les Bulletins de l’Amicale, l’abbé Félix Hy n’est cité que dans les listes d’anciens élèves de 1892 jusqu’à son décès. A-t-il renoué avec le Collège à 39 ans ? Cependant on n’y trouve pas d’écrits, sans doute est-il très occupé et peu enclin à vulgariser sa science au commun des mortels.
Bulletin de 1898 : dans l’hommage rendu à l’abbé Ravain, on lit : « ... et, au jour de son service funèbre, au Palais universitaire, M. l'abbé Hy, le plus distingué des élèves qu'il a formés pour la science, nous retraçait avec amour son portrait. ».
Bulletin de février 1919 : « M. l'abbé Félix Hy (cours 1869), docteur ès sciences, professeur aux Facultés catholiques d'Angers, est décédé le 15 septembre 1918, dans sa 65ème année ». II n’y eut pas d’hommage dans les bulletins : la « Revue des facultés catholiques de l’Ouest » rapporte son éloge funèbre.
Bulletin de mai 1924, au chapitre Dons faits à la Bibliothèque du Collège, apparaît un ouvrage intitulé « Œuvres de l’abbé Hy, docteur ès sciences, thèse et brochures » écrit par Henri (Edmond) Hy, cours 1881, son frère. Ce livre est vraisemblablement un écrit familial dont aucune quelconque publication n'a été retrouvée ; cet écrit faisait partie de la grande bibliothèque historique du Collège (accès adhérent) vendue en 2004.
Les Bulletins des Facultés Catholiques de l’Ouest puis ceux de l’UCO (Université Catholique de l'Ouest, appelée aussi La Catho), rendent comptes des conférences de Félix Hy sur « Le poirier », « La rouille du poirier », « Les roses » et sur « Les Characées » dont Félix Hy fut l’un des premiers à en mener l’étude.
L’UCO, plus récemment, à propos de la Flore, résume ainsi l’apport de l’abbé Félix Hy :
" L’abbé Félix Charles Hy (1853-1918) fut le premier professeur de botanique dès la création du laboratoire de botanique de la Faculté des sciences. Les collections botaniques se sont ensuite enrichies par le biais des enseignants et des donateurs aujourd’hui regroupées sous le nom général « Herbier Félix Hy » (Champignons, Lichens, Bryophytes, Phanérogames...).
|
L’UCO possède également une importante collection de characées (algues vertes des eaux continentales douces et saumâtres). Elle est constituée de 80 dossiers de plantes séchées de de 2000 et de 2000 flacons. |
![]() |
En 2011, Madame Marie-Claude Rousseau écrit cet hors-série UCO sur l’herbier de Felix Hy.
En 2016, votre serviteur avait échangé avec Madame Samantha Bazan à propos du devenir de l’herbier de l’abbé Felix Hy, référencé comme propriété du Collège lors de l’inventaire après la fermeture du collège en 2005 : ce dernier avait en fait rejoint les collections de l’U.C.O. bien longtemps avant. Madame Bazan mena une brillante étude des herbiers de l’UCO d’octobre 2015 jusqu’en juin 2017 étant chargée de la mission « HerbEn Loire » pour recenser les herbiers en Pays de Loire pour le compte de nombreux partenaires dont le Muséum d’Histoire Naturelle d’Angers et l’UCO.
En 2020, les étudiants de l’UCO réalisent une vidéo qui honore Félix Hy : voir cette vidéo.
Peut-être, lors d’une visite au Collège, comme cet illustre botaniste, aimerez-vous « parcourir...les bois de la Verzée ou les taillis de la forêt d’Ombrée » ou de passage en Anjou découvrir « les herbes qui croissent dans les bassins de nos fleuves : la Loire, la Maine ou le Loir et dans les vallées de nos rivières : la Mayenne, la Sarthe, l’Oudon et la Verzée, le Layon et l’Aubance. »
Et, en souvenir ou non de Félix Hy, une multitude d’instituteurs continuent d’emmener leurs petits élèves dans la campagne avoisinante pour leur faire découvrir ... un peu de poésie naturelle !
Jean-Louis Boulangé, cours 1964
Février 2026![]()
Sources
|
Sites généalogiques de Geneanet |
![]() |
Remerciements
à M. Jean Demeneix pour son aide dans les recherches via l’UCO
à M. Geoffrey Label, archiviste diocésain d’Angers pour les CV des prêtres concernés
à M. Guillaume Le Vern, Directeur adjoint des bibliothèques et Responsable mission patrimoine de l’UCO Angers
pour sa relecture et ses conseils
à notre président Loïc Dusseau qui est à l’origine de ce Focus
![]()



















